Breaking News : Je suis psychonutritionniste !

je suis psychonutritionniste !

Trop fier ! Je suis psychonutritionniste ! Je viens de valider mon diplôme universitaire de psychologie et pédagogie du comportement alimentaire à l’Université de Bourgogne. L’occasion de vous parler de mes apprentissages, de mes doutes et de ma pratique. Et de vous !

Spoiler : j’ai cartonné ! Aucun intérêt de mettre mes notes de l’écrit ou de l’étude de cas en public, mais je valide « avec la manière » comme disent les rugbymen devant un France-Irlande ! C’est sans doute rien pour vous, mais vu mon implication dans mes études, c’est une joie supplémentaire. J’aurais été déjà très fier de l’avoir validé, comme je suis fier d’être finisher d’un triathlon. Mais là, je suis refait !

Nota bene : je reçois beaucoup de messages privés sur ma reconversion, le parcours, le(s) diplôme(s). J’ai préféré écrire un long post pour celles et ceux qui avaient des questions. Sachez aussi qu’un diplôme n’est pas une fin en soi, et que ce qui compte, c’est bien la pratique, la sensibilité du thérapeute et comment il s’est approprié ses enseignements. 

Psychonutritionniste, ça veut dire quoi, au juste ?

Hum, bonne question. Psychonutritionniste = psychologue + nutritionniste ? Nope. Disons-le avec tranquillité, ce titre n’en est pas un, contrairement à « psychologue » ou « diététicien(ne) », qui répondent chacun à des standards stricts. Et c’est heureux ainsi. On peut donc se  prétendre « psychonutritionniste » sans avoir validé ce diplôme. Je suis donc un diététicien qui suivi tous les modules en e-learning et présentiel et passé avec succès les épreuves.

En tant que psychonutritionniste, est-ce qu’on joue aux psychologues ?

Personnellement, je n’ai pas trouvé. Même s’il y a des ponts, des angles d’approches où l’on peut revisiter le récit familial, l’historique de la personne, qui a pu se jouer lors des repas ou autour de la nourriture. De toute façon, dès que « ça foire », c’est soit le père, soit la mère, pourrait-on dire ! En psychonut’, on bosse surtout avec les comportements, les attitudes, les habitudes qui marchent plus ou moins bien, on observe les postures de la personne (le langagier, le non langagier, le timbre de voix, le regard qui fuit ou non,  les épaules voûtées ou redressées…) et tout ce que le patient ne dit pas. Le pyschonutritionniste fait des hypothèses et les partage ou non avec le patient.

Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?

Parce que la moutarde me montait au nez. En effet, il faut savoir que les enseignements sont dispensés à Dijon (Université de Bourgogne, remember ?).

Mélange d'anxiété et d'excitation le jour de la rentrée !
Mélange d’anxiété et d’excitation le jour de la rentrée ! (cf bouille pas trop rassurée)

En 2018, je vous avais déjà parlé de cette conférence sur la diététique comportementale donnée par mon ancienne prof de nutrition du sportif. Si vous ne rappelez pas, je vous en parle dans ce post (point n°2). Ce fut un choc. Par la suite, j’ai parlé avec ma prof pour me renseigner sur ses apprentissages. Elle était également psychonutritionniste et avait suivi ce fameux DU. En me relisant, je vois que j’avais écrit « il va bien falloir se pencher sur une approche comportementale de la nutrition (voire, que je me forme) car la «recommandation du sachant » a vécu ». Je sourie quand je lis ces lignes. Quel aplomb ! Je rêve.

J’ai laissé un an macérer au fond du cœur, puis j’ai passé mon BTS diététique (je l’ai eu !) et mon Bachelor en diététique et nutrition humaine (je l’ai eu aussi, post exhaustif ici où je vous explique tout). A la fin du Bachelor, j’ai repris des infos auprès d’une de mes profs, laquelle a renouvelé mon envie de vivre une nouvelle étape et de remettre mes certitudes sur la table. On n’est pas à un bouleversement près, non?Tout ceci alors que j’étais à bout puisque j’avais cumulé mes études, mes boulots journalistiques, la parution de 3 livres, des déménagements et surtout, la vie de mon fils d’amour auprès de moi. Je me suis dit : je suis à 3000 heures de nutrition (voire plus avec le cursus d’Anthony Berthou en santé durable), je peux pousser pour 110, non ? Allez go, j’irai donc boire des canons de Bourgogne et serrer la patte à François Rebsamen, le maire de Dijon.

J’ai des doutes, j’ai des affreux… Des affreux de la création… 

Quand y’a un doute, y’a plus de doute. C’est ce que j’aurai dû me dire. Je me suis inscrit, j’étais content et ravi. Avant la rentrée, j’avais peur. J’avais lu les premières slides des diapos, je me disais, « mais mon dieu, je perds mes repères de nutritionnellement correct ». Un peu comme de Funès dans le film La folie des grandeurs : « qu’est-ce que j’vais devenir, je ne sais rien faire, je suis ministre ! ». J’en savais des tonnes (j’écris ce post le jour de ma fête, le 4/11, alors j’ai le droit!) en connaissances des aliments, sur le régime méditerranéen, la cuisson à la vapeur douce, les oméga 3 et les « petits poissons gras », la « part modérée des protéines animales » et des « produits transformés ». Bref, un discours pro-santé, un préchi précha bien rodé, bien mijoté, prêt à dérouler. 

Et là, je vois passer des slides qui parlent de réconfort, d’apaisement, de « jusqu’au retour de la faim », « de trouver le véritable réconfort dans un climat de sécurité », avec des aliments riches, gras, salé, sucré, croustifondants, transformés. Bref, je pète mon câble, derrière mon ordi. En mode, « mais elles sont folles ces meufs ! ».

Je ne savais pas encore qu’au cours de l’année, je réaliserais ce genre de posts, sans sourciller :

Les stratégies « healthy » et les envies de manger

D’autant plus que la voix d’un des enseignants était  assez… spéciale. C’est simple : envie de prendre une batte de baseball. Moi qui suis non violent, en plus. Passons.

Et puis, même si cette nouvelle rentrée était forte en émotions (énormément de professionnels de santé déjà diplômés depuis un bout de temps pour certains/certaines, moi je me voyais avec mon sac de lycéen comme un gamin), je me suis laissé aller. Je ne savais pas vraiment où j’allais. Et c’est aussi cela que j’ai aimé. Dans ce bus qui m’amenait à Dijon (à l’époque, j’avais juste terminé mes études, situation financière en voie d’amélioration), je me sentais libre. Je ressentais deux mouvements apparement contraires : une plongée en apnée et une envolée, un décollage. J’avais choisi ces apprentissages de mon plein gré, et je me sentais libre et surtout, très fortement connecté à moi-même, sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi.

Ce que j’ai appris au cours de ce diplôme universitaire : 

Oui, parce qu’on n’a pas chômé. On parle chiffres ? 110 heures d’enseignements, dont 12 heures en e-learning + 98 heures en présentiel (4 séminaires de ¾ jours à Dijon la douce).

On en parle du e-learning ? ça prend pas 12 heures ! Fake news. Au moins 3 fois plus, petits chameaux ! Le temps de prendre des notes itou itou. Bref. Passons.

Objectifs (ceux du site de la formation) :

-Acquérir des méthodes et outils innovants, issus des Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC) 3e vague, pour l’éducation thérapeutique au changement durable de comportement alimentaire.

-Accompagner les patients en demande de changement de mode de vie alimentaire.

-Personnaliser les prescriptions et/ou recommandations.

-Diagnostiquer et gérer (ou orienter les patients vers les professionnels de santé, adéquats) certaines attitudes pathogènes sous-tendant les troubles du comportement alimentaire (TCA), notamment les troubles anxio-dépressifs associés aux TCA.

Ces apprentissages allaient donc me mener à devenir psychonutritionniste.

Responsable pédagogique : Jacques Fradin, Docteur en médecine. Passionnant. Tout en nuances. Une pépite, même si j’ai lutté avec son approche, au début. Quand on posait une question, il nous répondait : « Je sais pas, vous en pensez quoi, vous ? ». Sueurs froides. Sueurs fradiennes. Filou, va.

On a vu, si je résume, 4 approches :

1. L’approche neuro cognitive (ANC) : une approche novatrice et transversale, initiée par Jacques Fradin himself. Elle s’inscrit dans le courant des Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC), notamment de 3ème vague, et qui met l’accent sur les liens entre les changements d’attitude et les structures neuronales impliquées. Par exemple, cela nous aide à voir dans quel mode mental notre patient est, en consultation, et donc, à adapter aussi notre attitude verbale et non verbale en fonction du contexte. J’en parle dans l’épisode 8 de Dans la poire !. 

Qu’en pense le tout frais psychonutritionniste ? J’ai lutté au début. Le e-learning me paraissait trop vague pour être appliqué en diététique. Le présentiel me paraissait parfois abscond. Gros doutes au début. Et puis j’ai compris que l’ANC était plus une disponibilité d’esprit, une attitude de curiosité envers son patient et une invitation lancée à l’être (curieux/curieuse). Utile pour désamorcer la résistance au changement. Et puis, on a bossé sur les motivations primaires :

2.L’approche psycho-sensorielle : l’approche du Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids (le G.R.O.S). Là, c’était plus concret. On part du principe que la personne a un set point, un poids d’équilibre, et qu’elle peut l’atteindre en mangeant selon ses sensations alimentaires et en cessant de lutter contre ses envies de manger émotionnelles. La formation aborde aussi la honte corporelle et les croyances alimentaires, à désamorcer si la personne a classé les aliments selon qu’ils soient bon ou mauvais concernant le poids ou la santé.

Qu’en pense le tout frais psychonutritionniste ? J’ai vraiment aimé. Les formatrices, qui faisaient des jeux de rôles pour qu’on engraine mieux, leurs petites méditations pour commencer la journée, leurs blagues. Des apprentissages qui m’ont dérangé et qui ont bousculé beaucoup de mes confrères et consoeurs. Ça a râlé, en amphi, en mode « Ouais, mais vous pouvez pas dire que c’est une croyance, la charge glycémique, ça existe, quand même, merde ! ». Mais les discussions étaient enrichissantes et respectueuses. Avec l’humour, on s’en sort toujours. De tout. Ces sessions nous ont permis de remettre en cause une bonne partie de nos apprentissages et de partir sur d’autres bases pour nos consultations. Impression  d’avoir avancé vitesse grand V. 

3.L’ACT (Acceptance and Commitment Therapy): la thérapie d’acceptation et d’engagement. Cette psychothérapie récente, élaborée par Steven C. Hayes à la fin des années 80, ne cherche pas à modifier nos pensées ou nos difficultés, mais plutôt notre manière d’interagir avec elles. On ne demande pas c’est bien ou non de se peser 15 fois par jour, mais plutôt « et combien de fois par jour votre balance a amélioré ton équilibre personnel ? Est-ce que ça marche vraiment pour vous, cette habitude ? Je fais une hypothèse, peut-être que je me trompe, mais j’ai comme l’impression que ça fait 10 ans que vous le faites, et que ça ressemble plutôt à une contrainte que quelque chose qui vous nourrit profondément. »

Qu’en pense le tout frais psychonutritionniste ? J’ai eu un déclic. J’ai été émerveillé et bouleversé par cette approche, profondément humaine. On avait un duo de formateurs très chouettes : Florian Saffer (je ne savais pas qu’il existait une formation en ingénierie de la pédagogie) et Anne Chablis, chacun avec leur sensibilité(s), entre humour et profondeur. Petite frustration quand même, car une bonne part des apprentissages est consacrée à l’ANC et au GROS, nous n’avons qu’une session de 3 jours sur l’ACT, mais suffisamment pour nous donner envie d’approfondir.

4.La pleine conscience : plus exactement, Approche psycho-sensorielle basée sur la Mindfulness. Ou comment le fait de s’entrainer à observer ce qui se passe en nous, ce qui nous traverse, peut élargir l’expérience du repas (et de la vie !).

Qu’en pense le tout frais psychonutritionniste ? Frustré ! Argh, pas assez de temps ! Ni en e-learning ni en présentiel. J’aurais aimé approfondir les apprentissages.

En bonus : une journée sur les TCA et micronutrition : intéressante, dispensée par Didier Chos, docteur en médecine. Mais… ça traçait trop pour moi. Pas pu tout retenir alors qu’il y avait des trucs chouettes, notamment par rapport aux neurotransmetteurs de l’humeur !

On en parle de la COVID ?

« Elle court, elle court, la maladie glamour… ». Bref, elle a tout fait planté. Fini le plaisir de se voir, de parler avec les profs à la fin du cours, les sensations de liberté dans le bus, les rencontres improvisées, les œillades entre étudiant(e)s (ah oui, c’est vrai, on est là pour bosser, oups). Allez, hop, tous en Zoom, derrière notre écran, dès mars. Examens à l’écrit à distance dans les conditions d’examens. Moins fun.

Mais on est restés en mouvement. 

Et remise du mémoire, retardée d’environ un mois, parce que certains avaient des difficultés à trouver des patients, dont moi !

Le mémoire, c’est en fait une étude de deux cas, où l’on décrit ce qui se passe en consultation « le patient me dit tel truc », et ce qui passe dans notre tête « je fais l’hypothèse que madame X a un comportement dysfonctionnel à chaque fois qu’elle se retrouve avec des repas en groupe », « je décide de la questionner sur cette problématique » + feet back sur son ressenti, les outils utilisés et surtout pourquoi on a pensé à tel ou tel outil.

Une étude assez difficile pour moi, car à l’époque, je n’avais pas beaucoup de patients (hey, coucou, je consulte sur doctolib.fr, now !), je voulais utiliser tel et tel outil, faire le bon petit soldat des apprentissages pour avoir un « bon mémoire ». Et au deuxième « cas de patients », je me suis fait davantage confiance et fait ce que je sentais et tant pis si je n’avais pas utilisé tel ou tel outil pour « montrer que je savais ». Je crois avoir été honnête et sincère dans ma prise en charge comme dans l’écriture de cette étude de cas. Merci à ma consoeur Laurence Haurat, qui a pris la peine de la relire à la dernière minute et m’indiquer quelques suggestions bienvenues !

Conclusion 

Comment conclure ? Par une ouverture, non ? Oui. Ou une citation, puisque je suis libre et vous aussi, qui prenez le temps de me lire. 

«LES CHOSES NE SE FONT PAS TOUJOURS COMME ÇA,NETTEMENT POUR DES RAISONS PRÉCISES.ELLES SE TASSENT,SE GLISSENT,ELLES ARRIVENT D’ELLES MÊMES ET SOUVENT SANS QU’ON LE VEUILLE À UNE CONCLUSION QUI SE FAIT PEU À PEU ACCEPTER.»

Qui j’ose aimer – Hervé Bazin

Je ne savais pas ce que j’allais trouver en devenant pyschonutritionniste, en suivant ce Diplôme universitaire de psychologie et pédagogie du comportement alimentaire. Mais, je sentais que je c’était important de plonger et m’envoler en même temps. Et c’est exactement ce que j’ai fait. Je suis vraiment épanoui dans le fait de continuer sur ma lancée de diététicien-nutritionniste en incluant cette approche nettement plus bienveillante vis-à-vis de mes patient(e)s que « un peu mais trop », « faut s’écouter, hein », « faut faire attention », « ça, c’est trop gras ». J’ai fait des chouettes rencontres, des formateurs comme des étudiantes. Je me suis nourri et j’ai à cœur de vous transmettre une partie de ces apprentissages, sur les réseaux sociaux quand c’est adapté ou dans le podcast Dans la poire !.

Et puis, avec une phrase qui avait l’air anodine, en plein cours… Je me suis rencontré. A nouveau. J’ai réinvité mes motivations primaires et relancé mon élan de vie en incluant plus d’humour et de théâtre dans ma vie. Je ne sais pas où ça me mènera, mais je sais que je prends beaucoup de plaisir à le faire.

Je crois que pour celles et ceux qui sont arrivés au bout de cet article, je vais vous laisser sur ces mots : plaisir et faire. Se faire plaisir et surtout plaisir de faire.

Gustativement,

Charly (désormais psychonutritionniste !). 

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