Consommer des insectes, l’avenir des protéines ?

Consommer des insectes, après tout, pourquoi pas ? Mettons de côté un instant nos différences culturelles pour le bien de la planète. Plus riches en protéines et plus respectueux de l’environnement , les insectes auraient tout pour plaire. Explications avec Cédric Auriol, fondateur de Micronutris, leader européen de l’élevage d’insectes. 

Pourquoi consommer des insectes ?

  • Parce que c’est bon ! J’ai goûté les biscuits apéritifs… Des nuances de goût grillé avec un peu de noisette ou de châtaigne voire d’arachide, un régal. Il faut bien sûr dépasser les appréhensions et nos habitudes culturelles. En effet, avaler une blésuterelle, une chenille, ou un criquet… hum… Il faut le faire ! Qu’on se rassure, pas question de les faire rôtir et les consommer encore chauds. Nan, pour ça, il y a Koh Lanta;
  • Parce que c’est mieux pour l’environnement : l’élevage d’insectes est moins consommateur d’eau et d’énergie que l’élevage intensif de bovin, à l’origine de 20% des émissions mondiales de Gaz à effet de serre. En effet, les insectes s’élèvent en étages et consomment beaucoup moins de nourriture que les animaux, lesquels engloutissent 10,2 millions de tonnes de céréales par an, soit presque la moitié des utilisations en France*;
  • Parce qu’ils semblent bon pour la santé : plus d’omega-3, plus de fer, de fibres, de glucides et presque autant de protéines que la viande (58,8 g pour 100 g de produits pour les « insectes apéritifs goût grillade »). Ça promet !**

    @Mictronutris

Très courante en Asie, Afrique et Amérique du Sud, la consommation d’insectes peine à convaincre dans l’Hexagone. A Londres, Ento fabrique bien des sushis à base d’insectes, Jimini’s des biscuits croustillants pour l’apéro…En France, Micronutris, leader européen de l’entomophagie, commercialise quant à elle des biscuits salés et sucrés ou des chocolats à base de poudre de grillons. Depuis 2011, l’entreprise est même leader européen dans l’élevage d’insectes. Seul hic : le prix des produits. Comptez 12,50 euros pour 10 grammes de vers de farine, 12,90 € les 200 g de Torsades aux insectes. Cher ? Assez coûteux, pour l’instant, car l’entreprise est pionnière dans son domaine. Plus l’élevage sera développé, plus les prix baisseront, veut croire son fondateur, Cédric Auriol. Curieux comme je suis, je l’ai mis sur le grill(on) pour lui poser quelques questions.

Charly : Comment l’idée de la production d’insectes a « germé » ?

Cédric Auriol : tout ne s’est pas fait en un jour, mais le cheminement fut pluôtt naturel. J’ai passé mon diplôme dans une école de commerce à la Toulouse Business School (TBS). Je suis un entrepreneur dans l’âme, engagé dans le développement durable. Je voulais créer une activité qui réponde à mes attentes. En 2007, je tombe sur un premier rapport de la FAO (rganisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), qui développe l’idée d’une agriculture au service de l’environnement. En 2011, la même institution prône dans son rapport la mise en place d’élevage d’insectes, en égrainant les bénéfices sanitaires, environnementaux et sociaux, surtout par rapport à l’élevage intensif du bétail, très gourmand en eau et en énergie. Là, ça fait « tilt » dans ma tête. J’étais entrepreneur depuis 10 ans dans le textile et les emballages. A 31 ans, je crée MicroNutris.

Charly : Et vous, plutôt « viandard », veggie, flexi ou pesco-végétarien ?

A titre personnel, je suis fléxitarien. Je m’adapte à l’environnement dans lequel je suis. Si je me trouve dans un contexte de « viande », j’en mangerai si j’en ai envie. En réalité, c’est très rare. D’ailleurs, je n’ai jamais dit qu’on ne mangerait que des insectes dans le futur ! Mais consommer des insectes de manière occasionnelle, pourquoi pas ? Les bénéfices pour la santé ne sont pas minces : de meilleurs acides gras, des omega-3, du fer, du calcium… Mais c’est surtout le bilan environnemental qui est nettement plus intéressant : un insecte Micronutris, pour l’équivalent d’un bœuf, c’est 7 fois moins de végétaux pour le nourrir, 50 fois moins d’eau et 100 fois moins de gaz à effet de serre. Ça fait réfléchir !

Charly : donc, demain, si je veux élaborer une mini-ferme sur mon balcon, je peux ?

Oui et non. A l’état naturel, chez des particuliers, ils sont plutôt déconseillés. En effet, les insectes sont bio-accumulants, donc, ils chopent tout le bon, mais aussi tout le mauvais ! Pas sûr que vous obteniez un très bon rapport Omega-3/Omega-6 ! Chez Micronutris, nous nourrissons nos insectes avec des aliments issus de l’agriculture sans pesticides (carottes, courgettes), sans OGM, sans colorants ni arômes artificiels…

Quels sont vos produits phasmes ? Euh, phares, je voulais dire…

Les insectes aromatisés pour l’apéritif, c’est notre best seller… Goût grillade, curry, Tapas, nature, à vous de voir ! Nous produisons aussi des pâtes à la poudre d’insectes, des torsades riches en protéines (à la poudre de ténébrions meuniers), mais également des chocolats sans gluten au grillon ou au ténébrion qui apporte un petit goût de noisette. Sinon, nos petites dernières, des barres énergétiques pour les sportifs (Insect Power) qui devraient bientôt être commercialisées. Elles constituent une alternative intéressante aux protéines de type « whey », avec l’avantage d’être sans lactose.

©Micronutris

Avez-vous rencontré certaines réticences en France, pays de tradition bovine ?

Avant le lancement de Micronutris, nous avons sillonné la France. Plus de 500 000 personnes avaient goûté nos produits. Curieusement, nous n’avons trouvé que 20 % de réfractaires. Ceux-là n’en mangeront jamais, comme certains détestent les huitres et les escargots, à vie. 40 % n’ont pas d’à priori particuliers car ils n’ont pas d’infos sur les insectes comestibles. D’ailleurs, ceux-ci sont souvent prêts à en manger s’ils sont rassurés sur la traçabilité, la qualité des produits et bien sûr, l’intérêt gustatif ! Les 40 % restants ont un à priori favorables (80 % d’entre-deux osent franchir le pas sur le stand de dégustation). Mais contrairement aux idées reçues, consommer des insectes est très répandu : 2 milliards de personnes en consomment à travers le monde, qu’ils soient collectés dans la nature, cuisinés tels quels…

Quels sont vos défis de demain ?

Nous sommes avant tout des éleveurs. Consommer des insectes, mais surtout les élever, c’est tout nouveau. Ce métier nécessite des capitaux solides pour démarrer et développer une activité. Nous devons produire des quantités importantes (1 tonnes est vendue chaque mois, en France ou à l’export principalement dans les pays francophones, ndlr) en respectant des conditions strictes d’hygiène et en gardant un cap environnemental : 100 % de nos pensionnaires sont nourris à base d’ingrédients issus du bio, provenant de producteurs locaux. Et ça, tout le monde ne peut pas en dire autant !

* source : des chiffres et des céréales (2014)

**Mon avis : consommer des insectes, why not. Je reste ouvert à tout ce qui peut changer notre modèle de production de nourriture à bout de souffle. Néanmoins, Micronutris a deux casquettes, celle d’éleveur et d’entreprise agro-alimentaire, qui transforme des insectes en produits consommables, notamment en déshydratant des vers de farine ou des petits grillons. Même si le projet revêt une dimension environnementale, des biscuits apéritifs restent des biscuits apéritifs, à consommer plutôt occasionnellement, donc. Par exemple, comptez plus de 35 g de sucres pour les sablés citron aux insectes, retirés depuis sur le site. Préférez ceux au fromage (7,5 g de sucre). Quant aux allergiques, be carefull, les produits contiennent des allergènes similaires aux crustacés, fruits de mer, mollusques et acariens.

Sur le même t’aime : l’artichaut, 5 questions sur le légume au coeur tendre