10 faiblesses du documentaire What the Health

Le documentaire What the Health mérite le détour, nonobstant

Le documentaire What the Health « projeté » en exclusivité sur Netflix à partir de mars 2017 a déchainé les passions. ll dit des tas de choses vraies, mais pas que. Je contribue donc, avec un top 10 des faiblesses de ce docu, par ailleurs très instructif.

Le contexte : étudiants en diététique-nutrition, nous avions fini nos évaluations partielles vendredi, à l’Ecole de Diététique et Nutrition Humaine, à Paris. Crevés, lessivés, mais libérés, délivrés. Pour nous détendre mais aussi apprendre, notre prof d’alimentation(s) nous a projeté le documentaire What the Health, afin d’aiguiser notre regard critique des futurs professionnels de la nutrition. Et ça m’a fait du bien. Je l’avais déjà vu avant l’été. Je fulminais en refermant mon ordi, car une fois de plus, j’avais des preuves que les conflits d’intérêts minaient notre santé et notre alimentation. Une autre chose me taraudait, cette histoire d’œufs et de cigarettes, je n’avais pas jugé ça très crédible. Puis, je suis passé à autre chose. Cette deuxième séance m’a fait voir les choses avec un œil nettement plus critique.

Rappel : Kip Andersen et Keegan Kuhn frappent fort avec What the Health. C’est un peu la suite de Cowspiracy, leur documentaire dénonçant la pression folle de l’agriculture animale intensive sur l’environnement, et ne manquant pas de mettre un petit taquet aux ONG environnementales, très communicantes & peu agissantes selon eux. Le documentaire What the Health (qui joue sur « What the Hell », comme chacun l’aura compris) s’attache à démontrer la collusion entre les structures de santé, les industries pharmaceutiques et agro-alimentaires. Les deux compères sillonnent donc une partie des US pour enquêter et comprendre pourquoi les gens sont de plus en plus malades malgré les recommandations et comment certains tirent leur épingle du jeu.

A noter ! Ce post est long. Le travail de recherche a été relou (surtout pour les experts), mais nécessaire. J’ai préféré mettre tous les liens pour ceux qui aiment vérifier et pour illustrer que je n’ai pas décidé ce que je dis tout seul dans mon coin + montrer mes sources.

1. La (légère) hypocrisie de Kip Andersen

Dès les premières minutes du documentaire What the Health, l’un des deux réalisateurs, Kip, se confesse. Il se définit comme « hypocondriaque en voie de guérison », qui a « des diabètes dans sa famille », des maladies cardiaques et des cancers. Son père a eu un premier pontage à 49 ans, son deuxième à 50 ans. Son grand-père est mort jeune de complications dues au diabète. Son autre grand-père et sa grand-mère sont morts d’un cancer. Il a aussi une peur paranoïaque de développer ces maladies, consulte les sites de santé, fait du sport, ne fume pas, ne boit pas de sodas, dort assez, limite le stress, grandit suivant ce qu’il pense être à un régime sain, jusqu’au jour où… l’OMS classe la viande comme cancérogène probable. Et il nous dit : « je ne pensais pas que ce que l’on mangeait pouvait mener au cancer ». Et juste après : «  je me suis toujours préoccupé du cancer parce que mes grands-parents en sont morts tous les deux ». Euh, Kip, faudrait savoir. Si tu t’es vraiment toujours préoccupé du cancer et que tu n’as jamais fait le lien avec ce qui pouvait y mener, c’est qu’il y a un (petit) problème.

2.Le manque d’indépendance des experts

… et de compétence, parfois. Ce sont presque tous des pro-vegans ou des vegans eux-mêmes. Je vous dirai pourquoi ça pose problème, après cette short list :

– Alan Goldahmer, du Truenorth health center (concepteur du plant-based SOS free diet);
– Joel Kahn, du Kahn Center for Cardiac Longevity, également promoteur du plant based diet );
– Michael Greger, physicien, NYT Bestselgin Author (défend aussi le plant-base diet. Donc être auteur de best-seller fait donc de toi quelqu’un de compétent. A quand un symposium sur la malbouffe avec J.K Rowlings ?),
– Milton Mills, M.D., Critical Care Physician (également membre du board du plant-based prevention of disease,
– Michelle MacMacken, assistant professor of Medecine, NYU (végétarienne depuis 24 ans, donne des conférences sur le plant-based diet, et vegan, selon ce qu’indique son compte instagram,
– Michael Klaper, M.D, physician author (leading educator in applied plant-based nutrition »,
– Garth Davis, Weight Loss chirugirugien à sa propre clinique (très sportif, Ironman, et aussi vegan, mais moins prosélyte que les autres),
– Dr Neal Barnard, du physicians committee for responsible medicine (également à fond sur le 21-day Vegan Kickstart,
– Dr Caldwell Esselstyn, Cardiovascular Prevention program, Cleveland Clining Wellness Institute (ancien avironneur de haut niveau devenu chirurgien spécialiste de la cardiologie, là encore promoteur du plant-based nutrition),
– Susan Levin (diététicienne diplômée, ouf il était temps !), du PRCM, donc directrice du Nutrition Education for Physicians Committee for Responsible Medicine et…créatrice du 21-day Vegan Kickstart program,
– Kim W. Williams, cardiologue, président de l’American College of Cardiologie en 2015 et 2016, (vegan depuis 2003 suite à des tests sanguins alarmants, ayant publié un « essay » le 21 juin 2014 : Vegan Diet, Healthy Heart ?, ayant fait coulé beaucoup d’encre),
– Mike Ewall (Energy Justice Network, une structure contre de nombreuses formes de pollution, pas très tendre non plus avec les produits laitiers, mais ça, c’est leur droit le plus strict),
– Kimberly Snyder, nutritionniste diplômée, auteur de best-seller (yogini au taquet, également promotrice du vegan-diet et… 100% vegan),
– Paul Porras, pédiatre (également vegan, et promeut une plant-based diet pour les enfants)
– Cristina Stella, Paige Tomaselli and Jaydee Hanson, du Center for food Safety,
– Robert Martin (du Pew Commission on Industrial Farm Animal Production),
– John Macdougall, physicien, auteur de best sellers (qui recommande une sorte de plant foods diet et l’exclusion de toutes les huiles, car elles sont pleines de graisses qui favorisent l’obésité. John, un petit mémo sur les huiles de cameline, de chanvre, de lin ?),
– Michèle Simon, avocate et auteure de l’excellent Appetite for Profit, et aussi directrice du growplantbased;
– Steve-O (comédien, vous savez, le mec de Jackass qui fait plein de bêtises, dit qu’il a été invité à un gala de charité par l’American Diabete Association, avec un buffet rempli de produits carnés. Très bien, et alors ? Qui est cet homme, d’où parle-t-il ? Quelle est sa compétence en matière de santé, de nutrition? Réponse : aucune ! Mais… il est vegan, selon son compte twitter),
– David Simon, avocat, auteur de Meatonomics, également vegan,
– Marc kennedy, avocat au même PCRM, le comité de physiciens promoteurs de vegan diets.

Ok. Et donc ? Comprenez-moi bien : est-ce qu’ils parce qu’ils sont vegans, touchent de l’argent de livres ou recettes detox d’un plant-based diet ou qu’ils bossent dans des structures plant-diet compatibles, qu’ils n’ont pas de libre arbitre et qu’il y a un gros complot mené par Big Kale pour nous faire bouffer que des légumes (mais aussi des légumineuses, céréales et plein d’autres trucs très bons) ? Absolument pas. Mais franchement, 9 experts sur 10 sont vegans ou font du business avec un plant-based diet. 9 sur 10 (pour ne pas dire 10 sur 10), c’est trop. Je trouve ça vraiment dommage, cela porte atteinte à la crédibilité du propos. D’autant plus que certains, dont beaucoup sont de vieux hominidés masculins, disent des totales contre-vérités, basées sur de vieilles connaissances. Donc, carton rouge. Aucune place à la modération, au contradictoire, à la pluralité d’opinions. On veut démontrer quelque chose et on démonte tout sur notre passage avec notre flotte de vegans armés jusqu’aux dents de frugivores. #balancetonveggie.

3. Un œuf = cinq cigarettes 

Hum. On remet ça ? Un œuf = 5 cigarettes. Il s’agit bien sûr de l’espérance de vie, pas des qualités nutritionnelles. Ce fut une controverse très animée à la sortie du film (voir l’article du Sun, notamment). Les intervenants se gardent bien de parler de choléstérol endogène (donc, celui produit par notre corps, à hauteur de 70 % environ) et des récentes études qui changent clairement la doxa anti-cholestérol concernant la consommation d’œufs. Le nutritionniste Bernard Lavallée l’avait déjà relevé ici en pointant le fait que le mot « œuf » n’apparaissait même pas dans l’étude en question : « C’est une extrapolation disant que la quantité de cholestérol ingérée [dans les essais de l’étude] est la même que celle contenue dans un œuf. »

4. Le sucre ne cause pas le diabète

Les lipides sont presque tout le temps incriminés. Le sucre, très peu. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas beaucoup de sucre (euphémisme) dans la viande et les produits laitiers. Hop, on continue dans le parti pris, quitte à écarter ce qui ne nous plaît pas. On se croirait revenu dans les années 70. Les premières études sur les effets du sucre datent de la fin des années 50 (Merci John Yudkin) et l’industrie agro missionne des experts pour torpiller les graisses. Elle a réussi son coup puisqu’on a connu la déferlante des « années light ».C’est presque hallucinant. A 9 minutes de film, le physicien (oui, un physicien parle de nutrition, si si) Neal Barnard nous dit : « le diabète n’est pas causé par des aliments riches en glucides, et il n’est pas causé par le sucre. La cause du diabète, c’est une alimentation qui augmente le taux de graisses dans le sang. Je parle d’une alimentation typique basée sur la viande, les produits animaux. Ou encore : «  en mangeant un cookie, le sucre vous berne comme un cheval de Troie. A l’intérieur du cookie, il y a une dose énorme de beurre ou de graisse. C’est ça qui vous fait grossir ». Le sucre ne fait donc que nous berner, mais en tant que tel, il ne nous fait pas grossir. What the health ? What a joke.

5.Les glucides ne font pas grossir

« L’idée que les glucides vous rendent gros est ridicule ». « Carbs cannot make you fat », à eux seuls. On lui fait un petit speach sur la glycémie, le pancréas, l’insuline ? Garth Davis, je te respecte en tant que chirurgien si tu es bon dans ta spécialité, mais là, tu es hors sujet. Pour faire court, je te renvoie à mon post sur la glycémie et si tu veux aller plus loin, à celui sur la charge glycémique, co-écrit avec mes confrères futurs nutritionnistes pour notre évaluation de Projet Web. Fais-toi plaisir, c’est cadeau.

6.La méthodologie (parfois) trompeuse

Lorsque l’un des deux réalisateurs appelle des réceptionnistes ou des standardistes d’associations ou de structures de santé, en lisant sa question soigneusement préparée sur son ordi, ça me dérange. Le mec au téléphone n’est pas formé et n’a pas les compétences pour répondre. Normal ! Il ne peut que dire « ce n’est pas mon domaine, je ne peux vous répondre ». Logique. Sauf que la caméra filme la frustration du protagoniste, qui se demande bien pourquoi la personne ne VEUT pas répondre. C’est une vieille ficelle, trop grosse pour l’occasion, qui veut nous faire croire qu’il y a un gros complot, une conspiration permanente (cowspiracy ?). Je ne dis pas qu’il n’y pas d’enjeux de pouvoir, de business, de gros sous, attention. Mais, je trouve que ce procédé n’apporte rien au sujet. La personne n’a pas de réponse, adresse-toi aux gens qui les ont, et s’ils ne répondent pas, mentionne leur refus (comme c’est fait une fois dans le documentaire).

7. 30 g de protéines = une assiette moyenne de brocolisLa teneur en protéines d'un brocolis cuit est de 2,1 g pour 100 g, ce qu'oublient de dire le documentaire What the Health

A 1’05 du film, les auteurs, appuyés de leurs experts, entendent démontrer que les protéines viennent des plantes. Ok. Ils montrent une assiette de 30 g de protéines, remplie de brocolis. Réflexe : hop, je vais sur le Ciqual, la table de composition nutritionnelle des aliments méga-précise. Je tape « brocoli ». Cru, le brocoli contient 3,95 g de protéines pour 100 g d’aliment. Cuit, c’est 2,1 g de protéines pour 100 g d’aliment. Pour atteindre ces 30 g de protéines, je fais mon produit en croix. Il faut donc respectivement 760 grammes de brocoli cru et 1,43 kg de brocoli cuit pour atteindre 30 g de protéines. En général, le brocoli, c’est plutôt cuit qu’on le consomme, surtout avec ces doses-là. Hum, va falloir se transformer en Shrek !  Donc, le brocoli contient des protéines, comme le riz brun (ce qu’ils disent et que je ne conteste pas), mais pour atteindre les valeurs cibles, rapporté à la portion, c’est très compliqué ! 1,5 kg de brocoli, ça ne tient pas dans une assiette moyenne !

8.Le véganisme peut tout guérir

C’est la petite musique qu’on entend vers la fin du film, où les malades quittent leur déambulateur et leurs pilules, marchent dans la rue tranquillou, multiplient leur espérance de vie… juste en ayant adopté ce plant-based diet*. Or, dire que le véganisme sauvera le monde est, en l’état actuel des connaissances, irresponsable, pour les pathologies mentionnées. C’est du moins le point de vue de Mary Jane Detroyer, diététicienne-nutritionniste, qui dénonce la « distorsion de la science » à des fins idéologiques, mais aussi d’Alice Howarth, chercheuse en cancérologie, qui pointe les effets bénéfiques d’une consommation accrue de végétaux tout en disant que le documentaire exagère grandement les bienfaits (leurs propos ici).

* il y aurait une différence entre le plant-based diet et le véganisme, que je pose là, pour les passionné(e)s, notamment au niveau des champignons et de la levure.

9.La supplémentation en B 12, c’est mieux

C’est l’arlésienne qu’on sert aux vegans : « nan mais vous faites comment pour la B12 ?». Effectivement, c’est la seule vitamine contenue exclusivement dans les tissus animaux. Donc, compliqué pour les vegans, mais pas impossible. L’expert en question dit qu’il faut des suppléments, car c’est la meilleure source et la moins chère. Là, je n’en sais rien, si c’est la meilleure, pas tant pour le budget que pour la biodisponibilité. Je demanderai à ma prof. J’avais lu un article précis de vegecru l’année dernière, qui préconisait plutôt les suppléments sous la forme cyanocobalamine comme étant les plus courants et stables, au passage.

10. Un seul aliment est responsable de tout

C’est un des fils rouges du film : démonter les produits carnés et les produits laitiers, au passage. Et dire qu’ils causent le diabète, les maladies cardio-vasculaires, l’obésité et le cancer. Ils ont raison pour partie, mais prendre un aliment, l’isoler, et dire qu’il est la cause de tous les maux, n’a pas de sens. Chez moi, ça tire la sonnette d’alarme. Cela m’est arrivé d’être moins nuancé qu’aujourd’hui dans certains articles, cela m’est arrivé de mettre en cause les recommandations de santé ou de dire que certains aliments n’étaient pas protecteurs de notre santé. Et si on me lit, on ne peut absolument pas dire que je suis pro-viandes et encore moins pro-produits laitiers. Clairement pas. Je trouve juste que le procédé est trop gros, fonctionne trop à sens unique, et cela dessert (sans jeux de mots) la qualité globale du documentaire.

ET EN MEME TEMPS (#paietonmacron)…

Ce film est très très très instructif sur bien des plans. Il faut le voir. C’est important. Ne serait-ce que pour se faire sa propre idée, voici 18 raisons de le visionner (et d’en débattre après) :

      1. Le documentaire What the Health est fondamental pour bien comprendre ce qui se joue aux Etats-Unis (mais aussi un peu en Europe) concernant les conflits d’intérêts majeurs entre les structures de santé et les industries privées (laboratoires pharmaceutiques ou industries alimentaires), la guerre de la production d’études scientifiques fiables;
      2. Il est parfois bon de choquer le chalant pour faire avancer les consciences. Cela a été fait concernant le tabac, le sucre, les banques. L’intention est bonne, car on sait bien que des consommations de viande ou de produits laitiers trop régulières (et/ou excessives) ne sont pas protectrices de la santé ;
      3. Le docu a le mérite de rappeler des chiffres durs, mais auxquels il faut faire face : 1 personne sur 4 aux Etats-Unis meurt de cancer. 2 adultes sur 3 sont en surpoids ou obèses. Sur ces prochains 25 ans, 1 américain sur 3 sera diabétique ;
      4. Il y a un vrai problème d’alimentation et la manière dont est produit ce qui doit nous nourrir ;
      5. Nos systèmes de santé (je parle là autant des Etats-Unis que l’Europe, et de la France) n’arriveront pas à prendre en charge ce que l’on est en train de créer par notre mode de vie (maladies dites de civilisation, stéatoses hépatiques etc). Il doit y avoir un changement ;
      6. Aux USA, des poulets  estampillés « all natural chicken » peuvent être injectés jusqu’à 800 mg de sodium. 800 mg ;
      7. L’American Cancer Association encourage la consommation de bœuf et est sponsorisée par Tyson, Yum, KFC, Pizza Hut…
      8. L’American Heart Association reçoit des fonds de la Texas beef industry, du Kentucky du Beef Council, de Tyson, de l’Idaho Beef Council, du Nebraska Beef Council, de Nestlé, de Domino’s Pizza, de Kellogg’s et de Mars ;
      9. L’American Diabete Association est financée par Danone, Kraft foods… Il faut attendre la 42ème minute pour arriver au cœur du documentaire. Oui, nous n’entendrons pas la vérité, tout de moins, l’indépendance de la part de ces organisations (sinon, plus de subventions, d’emplois, et plein de poursuites judiciaires) ;
      10. En 2008, l’industrie laitière mondiale s’est réunie (Global Diary Plateform), avec l’intention de « neutraliser l’impact négatif de la graisse par des régulateurs et professionnels de santé ». (ça, c’est clairement prouvé. La source est dans ce pdf que je me suis procuré. Point N° 2. Milkfat.) Comment ? En subventionnant des études pour créer le doute dans l’esprit des consommateurs, comme le font l’industrie du tabac, du sucre et des produits phytosanitaires ;
      11. Le gouvernement américain perçoit de l’argent des industries pour dire aux américains ce qu’il est bon de manger pour rester healhty.
        Clique sur l’image pour comparer l’assiette du département nutrition de Harvard Vs celle de l’USDA 🙂

        L’USDA : ce sont les recommandations nutritionnelles du ministère de l’agriculture (de l’agriculture, pas de la santé, vous avez bien lu). Un peu comme notre cher PNNS français. Tous les 5 ans, le département de l’agriculture créée des recommandations diététiques pour les citoyens. Cette structure a reçu des fonds de la part d’entreprises comme McDonald’s, le National Diary Council (le lobby des produits laitiers), l’American Meat Institute, Danone, la très puissante Sugar Association, Coca-Cola, Kraft Foods, Kellog’s, Mars, M & M’s, pour ne citer qu’eux. Question indépendance, on a vu mieux. Ce qui illustre la faiblesse du politique. Là où le politique est faible, les puissants en profitent. C’est un fait, ici, pas un jugement de valeur, vous l’aurez compris. Des campagnes émanant d’organes officiels, de programmes publics, mais fondés par les producteurs qui les régulent. Juste hallucinant. Le gouvernement américain dit aux américains de manger plus de bœuf, de lait et de fromage pour rester en bonne santé. Et pour cause, ces deux industries consacrent 557 millions de dollars pour la promotion de ces programmes, et 138 millions pour le lobbying. 1-3-8 millions ;

      12. Aux USA, les animaux sont nourris aux maïs et soja, souvent OGM et traités aux pesticides. Les PCB posent des problèmes de pollution, mais aussi en France. Les PCB sont des substances bannies depuis 1987 dans l’Hexagone, mais persistent dans l’environnement (550 sites pollués) ;
      13. Les conditions de vies des animaux d’élevage aux USA (entre autres) posent de vrais problèmes de santé publique et environnementale (3000 morts par an, aux USA, selon Jaydee Hanson, du Center for food Safety), notamment concernant le risque d’antibiorésistance, en Caroline du Nord, à Duplin County, avec des déversements de pollution et de toxiques sans traitement des eaux usées, auprès des populations défavorisées américaines (à partir de 40’) ;
      14. Connaissez-vous les Cheeseburgers Bills ? Sous la pression des lobbys, des règlementations ont été votées : « un plaignant ne peut gagner contre un manufacturier, un distributeur, un détaillant, selon la théorie que cette nourriture rend le plaignant obèse ou cause des maladies liées à l’obésité ». C’est le Commonsense Consumption Act, passé en 2009 (ça existe vraiment, j’ai vérifié ! Le document ici). En gros : « toi, consommateur, tu devrais avoir le minimum de sens commun pour te rendre compte que ce produit était vraiment mauvais pour ta santé. Tu ne peux donc pas t’en prévaloir pour faire un procès aux industriels. » Ceci n’est pas une blague. Je répète : ceci n’est pas une blague ;
      15. L’industrie pharmaceutique travaille activement aux médicaments pour soigner les pathologies. Elle n’est pas intéressée par la prévention. Voir le passage à 1H00 de film, intéressant), cette dernière fait 1,5 trillion de dollars de chiffres d’affaires et dépense 238 millions de dollars en lobby ;
      16. Le sort des activistes et lanceurs d’alertes qui prennent des photos, enquêtent et révèlent des pratiques. Et les lois de non-divulgations qui vont avec ;
      17. Le plant-base diet, c’est moins cher. Oui, on économise, car la viande et les produits laitiers sont plus chers que les fruits et légumes de saison ;
      18. Etre vegan et sportif, c’est possible ! Cf les témoignages de sportifs comme Rich Roll (qui a fait 5 Ironmans en 5 jours !) ou la surfeuse Tia Blanco, pour ne citer qu’eux.

En résumé, oui, le documentaire What the Health comporte de grosses faiblesses, qu’il ne faut pas éluder. Mais il a le mérite d’élaborer un propos fort sur les conditions de production de notre alimentation, sur la guerre de l’information scientifique qui sévit et va s’intensifier sur les prochaines années (vous croyez quoi ? Avec la fusion de Bayer-Monsanto, 2 milliards d’euros seront consacrés à la recherche scientifique, soit trois fois le budget de l’INRA français, allo !) et sur la faiblesse du pouvoir public, coincé (et lâche, aussi) par rapport à l’argent des entreprises privées, peu soucieuses de l’intérêt général.

Les passionné(e)s d’études scientifiques pourront se plonger dans la littérature des études, citées sur le site du film (avec l’indication du timing de citation à la seconde près, joli).

Pour celles et ceux qui sont allés au bout de ce post, merci de l’avoir lu. C’était long mais nécessaire. Merci aux réalisateurs du documentaire What the Health de dire des choses qu’on ne veut ni voir ni entendre, et merci à notre prof d’alim’ d’essayer d’élargir notre horizon de pensée chaque semaine.

Sur ce…

Votre bien dévoué, Charly.

Sur le même t’aime : La semaine du goût, foutez la paix à nos enfants !