PNNS : 3 à 4 produits laitiers par jour, vraiment ?

3 à 4 produits laitiers par jour, le second repère nutritionnel du PNNS, après celui des « 5 fruits et légumes par jour« . Cet axiome fait débat, tant pour les conditions dans lesquelles il a été édicté que sur le fond de cette reco, qui ne s’appuie PAs assez sur des etudes scientifiques independantes.

Reprenons : Yaourts, fromages blancs, fromages, et lait de vache… Donc crème fraîche, beurre et desserts lactés ne comptent pas. 3 produits laitiers par jour, voire 4 pour les enfants, ados et séniors. hum.

Pourquoi ? Selon le PNNS, ils apportent calcium et vitamine D. Donc, bon pour les os, la contraction musculaire etc. La fiche concoctée par l’INPES, nous donne même plein « d’astuces » pour intégrer le lait dans notre alimentation si l’on n’aime pas le goût, idem pour les enfants.

Qu’en penser ? Là, plutôt en désaccord. Ok pour intégrer les produits laitiers dans un équilibre alimentaire, mais 3, voire 4 par jour, sérieux ? ça fait entre 21 et 28 par semaine ! C’était Farès, c’est effarant, pour plusieurs raisons (et cela sans évoquer les aspects éthiques* auxquels je tiens pourtant) :

3 à 4 produitslaitiers par jour– le dogme du Sacro Saint calcium : la recommandation des autorités
françaises de santé, c’est 900 mg, soit plus du double de celle de l’OMS. Dans les années 70 en France, c’était 450 mg, pour info. Le calcium ionisé végétal est ensuite bien mieux absorbé que le calcium d’origine animale. Ensuite, le calcium du lait est acidifiant, ce qui risque de modifier l’équilibre acido-basique de
l’organisme, lequel va puiser dans ses réserves alcalines pour pour maintenir son pH, donc dans le carbonate de calcium contenu dans nos os (le pH sanguin n’est pas neutre mais légèrement basique autour de 7,35).

–  Le lait d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui : homogénéisation, pasteurisation, cuisson U.H.T, cracking (pour fractionner les graisses et les réassembler ensuite en fonction de ce que l’on veut boire ou vendre), sans oublier l’insulin-likegrowth factor-1 (l’IGF-1), l’hormone de croissance qui permet à un veau de passer de 10-15 kilos à la naissance, à 365 un an plus tard. Est-ce que c’est vraiment ce qu’on veut, pour nous ?

–  Nous sommes (souvent) intolérants : Selon l’OMS, 75 % de la population mondiale serait intolérante. Après l’âge de 3 ans, aucun humain sur terre ne secrète la lactase, l’enzyme permettant de dégrader le lactose (le sucre du lait, ndrl) et donc, de le digérer. Son activité diminue au cours de l’enfance et de l’adolescence pour atteindre un taux résiduel à l’âge adulte. L’homme est donc le seul mammifère à boire du lait une fois sevré, et le seul à boire celui d’une autre espèce animale. Quand vous aurez vu une girafe boire le lait d’une jument, vous me préviendrez !

– Conflits d’intérêts ? Je n’aime guère l’évoquer car j’ai impression de me retrouver sur un blog écolo, anti-capitaliste, partisan de la décroissance etc. Oui, sauf qu’au moment de l’édiction de l’axiome devenu indiscutable « 3 produits laitiers par jour », le directeur du PNNS aurait été « conseil scientifique » de Candia, puis, jusqu’à il y a quelques années, membre du conseil scientifique de l’Institut Danone. Bref, question indépendance, peut mieux faire.

1 à 2 produits laitiers par jour, selon HarvardCarton rouge : Le PNNS reste dans le dogme du calcium, sans nuances. L’absorption du calcium n’est pas évoquée, le « paradoxe du calcium » non plus, (à savoir que les femmes suédoises, plus grandes consommatrices de produits laitiers, sont celles qui ont le plus de fractures du col du fémur, selon une étude du British Medical Journal. Walter Willet, responsable du département de nutrition de l’école de santé publique d’Harvard, dans une interview au Monde (2010), considérait que « l’apport du lait n’est pas partie essentielle de l’alimentation » et recommandait de « limiter sa consommation à une ou deux parts par jour », tout comme la Healthy plate des chercheurs de la même Université. Tout récemment, une méta-analyse d’études (11 études de cohortes, portant sur 778 000 personnes au total) de chercheurs chinois publiée dans le Nutrition Journal associe une consommation élevée de lait entier à un risque accru de mortalité par cancer de la prostate. Et pas de peu : 50% de risque en plus pour un homme qui boirait 1 verre et demi ou un bol et demi de lait entier par rapport à un homme qui n’en boirait pas. Cependant, contrairement à d’autres études, la méta-analyse (donc, une étude qui regroupe l’ensemble des études sur le sujet) ne permet pas de conclure à une relation de cause à effet.On pourrait continuer toute la nuit ainsi…

Toujours est-il que depuis plus de 10 ans, le PNNS n’a jamais remis en cause cette recommandation. Pour être honnête, je n’ai jamais aimé le goût du lait de vache. En revanche, j’apprécie celui du véritable yaourt grec, du beaufort 18 mois ou du  fromage de chèvre que mon grand-père Maurice la débrouille allait chercher à la ferme après une heure de trajet, mais… Je n’en prends pas trois fois par jour ! C’est du bon sens.

* Finalement, je n’y résiste pas. J’essaie d’avoir une vision holistique (d’ensemble, si vous préférez) des choses. Pour celles et ceux qui se sentent concernés par les aspects éthiques liés à l’industrie laitière, cette vidéo (5 min) courte, efficace et argumentée d’Erin Janus 😳 , résume bien la situation :